Mon récit d’une cérémonie Maya au Mexique

Yucatàn, Mexique

Au crépuscule nous arrivons au village maya, aux abords du cenote Dos Ojos, en pleine jungle. Il fait noir, seules quelques bougies éclairent le lieu. On est accueilli par Gabriel, notre « marabout » pour la soirée, foulard autour de la tête, amulette au cou, habillé tout de blanc. Il nous souhaite la bienvenue et nous explique que la purification est essentielle dans la vie des mayas, pour maintenir la santé du corps et de l’esprit. On enfile notre maillot de bain puis formons un arc de cercle autour d’un autel. On nous sert du vin. Nos visages s’illuminent… puis déchantent : « Il s’agit d’un vin non alcoolisé, résultat d’une fermentation de plantes ». On le sent, on retrousse le nez, « doit-on vraiment boire ça ? ». On se croirait à Koh Lanta. A quand les limaces ? On boit tous en même temps, en effet c’est infâme. On met les dernières gouttes (ou la moitié du bol pour les moins courageux) dans l’encensoir, offrande a l’abuelo fuego (le feu, 1 des 4 éléments). Autour du feu, nous demandons la « permission » aux 4 points cardinaux / 4 éléments en soufflant dans de gros coquillages. Ça a l’air plus compliqué que ce que l’on pense, quelques-uns seulement réussissent à émettre une tonalité, ce seront les « guerriers ». Le son se propage dans la forêt, une ambiance mystique nous cerne, la magie maya commence à envahir le lieu.

Une petite cahute nous nargue au loin. « Nous allons passer environ 45 minutes dans cette hutte, que l’on appelle le Temazcal. La cérémonie va se diviser en 4 sessions, que l’on appelle puertas», nous explique Gabriel. Le Temazcal est très bas, peu large, et n’a pour seule ouverture qu’une toute petite porte. On ne doit pas vivre la cérémonie du Temazcal comme une résistance mais comme une libération. On regarde d’un œil sceptique la hutte en pierre. On se sent déjà claustrophobe, on cherche notre respiration, une sensation d’étouffement surgit. 45 minutes…cela paraît une éternité.

On s’approche, on prend une grande inspiration et nous y entrons en rampant. 1000 scénarios nous passent en tête : « a-t-elle été bien construite ? », « Si ça s’écroule… c’est bon je ne suis pas loin de la sortie… ». Bonne surprise : il ne fait pas encore très chaud, l’air est respirable, mais l’endroit est petit, humide et sombre. On rentre et on se serre au fur et à mesure. On se retrouve comprimés comme des sardines, et recroquevillés sur nous-mêmes (notre dos va nous en vouloir). Le seul rai de lumière provient de la petite entrée et d’une unique minuscule bougie. Le reste est totalement fermé et opaque.

Gabriel nous donne chacun une branche, qu’on va garder pendant toute la cérémonie. Son rôle : nous enlever nos douleurs corporelles, en se frottant avec la branche aux endroits de notre corps que l’on souhaite soigner. Ni une ni deux, tout le monde s’auto-bat déjà : cheville, genoux, tête, épaules, dos, tout y passe !  Nous nous y mettons tous du cœur, sait-on jamais… Gabriel apporte les 5 premières pierres incandescentes. La température grimpe d’un coup. D’ici la fin de la cérémonie on va en rajouter 8…. Glurp, vous êtes sur ? Le chamane y jette de l’eau dans laquelle ont mariné des herbes aux vertus diverses. La vapeur nous inonde, on est désormais dans un sauna. On ne voit plus grand-chose.

Plus que 45 minutes …

« Voulez-vous garder la bougie allumée ? » : « Ouiiiiiiii », on n’est pas encore tout à fait prêt à abandonner notre lueur d’espoir, notre seul guide et repère depuis qu’on est entré dans le Temazcal. On va commencer la 1ere puerta. Pour cela, on doit tous crier « puertaaaa ». Oh non, il ferme la porte. On fixe désespérément la bougie … « ne lâche surtout pas ». On a l’impression d’être à 10000 lieux sous terre, dans une cave étriquée, sombre, humide et bouillante.

Les incantations commencent, le chamane chante en maya, on répète après lui (de ce que l’on comprend). On continue de se donner des coups avec nos branches. Nous entonnons des chants mayas en l’honneur de l’agua (eau), del viento (vent), de la madre tierra (terre) et de l’abuelo fuego (feu). La bougie faiblit. On l’a supplie secrètement : « reste avec nous …». On chante, on crie même, jusqu’à ne plus avoir de souffle, toujours dans un but de libération. Gabriel nous jette de l’eau afin de nous purifier, ça nous ravive. Fin de la 1ere puerta. Pour l’ouvrir on crie « puertaaaa » de toutes nos forces, ça résonne dans toute la forêt. La porte s’ouvre. Premier soulagement.

D’autres pierres sont introduites dans le Temazcal. Début de la 2e puerta. La porte se ferme de nouveau. La chaleur monte d’un cran, on dégouline. Gabriel approche sa main de la bougie….non non non non … Trop tard, il l’a éteinte. On est 15 personnes confinées dans le noir total, à plus de 45 degrés, dans une hutte d’1m et quelques de hauteur…. « Vous devez trouver votre lumière intérieure, fermez vos yeux ». On se prend tous la main, on chante après lui, faux et fort, nous évitant ainsi de penser à notre condition. On dirait que le processus de libération fonctionne.

3e puertaToujours plus de pierres, toujours aussi noir, toujours plus chaud et humide. On ne sait pas si ça fait 15 minutes que l’on est ici ou 2 jours. Notre « ensorceleur » nous demande de nous mettre en position fœtale. On se sent revivre, notre dos se relâche.

4e puerta : le Temazcal est maintenant chauffé par 13 pierres incandescentes, ça nous achèveOn a du mal à respirer, on ne voit plus notre voisin, pourtant collé à nous. Le chamane nous demande de chanter ensemble une chanson française. On entonne avec force « les copains d’abord » de George Brassens. On chante en union, heureux d’être ici tous ensemble. On crie presque, on se lâche, et on oublie que notre respiration est difficile. D’une seule voix harmonieuse nous nous égosillons : « Non ce n’était pas le radeau, de la méduse ce bateau, qu’on se le dise au fond des ports, dise au fond des ports, Il naviguait en pèr’ peinard, Sur la grand-mare des canards, Et s’app’lait les Copains d’abord, Les Copains d’abord »….Nous l’entonnons 3 fois de suite, avec euphorie. La fin de la 4e puerta est proche, on a besoin d’air. On crie en cœur « puertaaaaa » jusqu’à se casser la voix, la porte s’ouvre, on sent un air frais nous parcourir.

Nous pouvons maintenant sortir du Temazcal, un par un, très doucement, comme la naissance d’un bébé, notre renaissance. On sera une nouvelle personne quand on va sortir, purifiée et libérée. Nous rampons et nous voici dehors. On prend une grande bouffée d’air. On se sent léger, nos jambes flageolent, quelques-uns titubent. On marche vers le feu et y jetons notre branche avec rage, nos maux avec.

Dernière étape de la purification : nous marchons dans la jungle en pleine nuit, sur un chemin escarpé éclairé par des flambeaux, pour nous retrouver face à un magnifique cenote éclairé par la lune. L’ambiance est surréelle. Nous nous jetons à l’eau pour fermer nos pores. C’est glacial, le froid nous saisit. On ressort de l’eau, toujours aussi calmes et sereins. Un bon repas maya nous attend. On le dévore en silence. Sur la route du retour tout le monde s’endort comme un bébé.

Yombotik (« merci » en maya)

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